26.3.11

Être


Être. Seulement être là, avec elle. Ne plus savoir ce qu’on sait. Ne plus avoir la conscience du temps. Seulement être là, avec elle. Entendre chaque bruissement qu’un corps peut émettre : entendre l’eau se frayer un chemin dans la gorge, entendre les doigts qui grattent le dessus de la main ou la tête, entendre la respiration, entendre les yeux s’ouvrir et se fermer. Voir et entendre tout sur son propre corps aussi. Être dans le silence et dans chaque seconde. Tout autour porte plus d’éclat ou en perd, le regard s’attarde à l’authentique.

Je la regarde et je pense à ce qui m’accompagnera longtemps après. Après. Avec la mort, il y a toujours un avant et un après. Le pendant de la mort est absent ou éphémère; il s’envole en quelques secondes et c’est à ce moment que l’on passe de l’existence au souvenir. Après, il est difficile de se rappeler que les souvenirs aussi ont eu leur existence, qu’ils en ont fait partie.

Je croyais être immunisée contre la mort. Parce que j’y ai été confrontée tôt, j’avais la folle impression d’être un peu protégée contre la fatalité. Comme si les obstacles et les drames se calculaient et qu’on atteignait un quota de malheurs basé sur l’énormité ou la charge des épreuves. Je me disais que débuter sa vie ainsi payait probablement l’obscurité pour un long moment. Je me trompais et je me suis éveillée.

Voir la mort s’emparer subtilement de quelqu’un nous pousse à chercher la vie tout autour. Mais je comprends que la mort fait partie de la vie. Que l’une ne braque pas les armes contre l’autre, mais que toutes deux s’accompagnent depuis toujours et pour toujours. Dans la vie, l’idée de la mort nous oblige à ouvrir nos sens au maximum. Et dans la mort, la vie nous fait sourire puisque la mort n’emporte que les corps, pas l’amour, pas les souvenirs. D’ici là, être. Seulement être là, avec elle.